Tel l’oiseau de feu qui renaît de ses cendres, L’humeur Mi-gratin va bientôt repartir pour un tour ! L’occasion, en attendant cette joyeuse suite, de revenir sur les dernières années de silence. Car, si voyage itinérant il n’y a pas eu, les péripéties n’ont pas manqué.

Rappelez-vous. Nous nous étions quittés au printemps 2018, si l’on excepte quelques articles estivaux qui ne donnaient que peu d’informations sur mon activité. Reprenons donc l’histoire là où elle s’est arrêtée. Nous sommes le 29 avril 2018, et je m’apprête à rentrer en France après dix-neuf mois de voyage. Anaïs m’accompagne ; pour elle aussi, c’est l’heure. Au revoir Athènes, adieu City Plaza, notre maison des quatre derniers mois, notre famille de toujours.

Le voyage est toujours plus rapide que la nostalgie. Et le stop n’est pas en reste : il nous faut à peine une semaine pour rejoindre la France et distancer nos regrets. En quelques voitures, une visite à mon ami Kostas de Zitsa, une nuit sur une plage cachée Monténégro, un détour par l’Autriche, des attentes interminables en Italie, nous arrivons dans le petit village de Haute-Savoie où vit la famille d’Anaïs.

On a beau l’anticiper, on ne sait jamais comment on va vivre le retour. C’est pourquoi, après quelques jours à fêter celui d’Anaïs, je décide de partir dans le petit chalet familial d’Ancelle, pour prendre le temps de vivre le mien. Accepter que c’est la fin de quelque chose, mélanger de vieux souvenirs de vies antérieures et le bilan des derniers mois-vies, ajouter une pincée de présent, quelques paysages alpins, et remuer pour obtenir un nouveau départ.

Pour la dernière ligne droite, ma sœur Maïlys m’accompagne. Sa première expérience de stop sera donc un Grenoble-Rambouillet d’une journée, portés par la Chance et de merveilleuses rencontres. Et nous nous retrouvons devant une maison familière. Ça y est, je suis rentré.

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Ensuite, les choses se sont accélérées, détournées, emmêlées, ralenties, ravivées, retournées et contorsionnées. Et comme il reste encore plus d’un an à raconter, nous allons recourir à la bonne vieille liste non-exhaustive et désordonnée. Ainsi :

J’ai (re)visité la Bretagne avec la famille miraculeusement réunie, y compris les cinq québécois venus nous rendre visite. L’occasion de se baigner dans la Manche, de marcher dans les vieilles forêts armoricaines et jouer au chamois sur des rochers roses.

J’ai fait visiter la Calanque de Saint-Cyr-sur-Mer à mon portable. Il n’a pas aimé l’eau salée et a mis fin a notre collaboration.

J’ai été animateur sur un camp national du MRJC, Mouvement d’éducation populaire aussi rural que génial. L’occasion de retrouver Anaïs et Valérian, et de partager notre expérience à City Plaza.

Un afghan, un irakien, un américain, deux françaises et un français entrent dans un chalet d’alpage avec une bouteille de Chartreuse. A vous d’inventer la blague.

Il m’est apparu que je n’avais pas encore fait mon temps en Grèce. J’y suis donc retourné. Sur l’île de Lesbos, j’ai donné un coup de main à Micros Dounias (« petite vie »), une école démocratique en périphérie du camp autogéré de Pikpa, accueillant enfants grecs et réfugiés. L’occasion d’apprendre la « non-intervention » comme posture éducative.

Jouer avec des enfants m’a également permis d’apprendre des mots très importants en grec, tels que :

– Papagalos (perroquet)

– Savra (lézard)

– Amo (sable)

Avant de quitter l’île, deux mois plus tard, je suis repassé dire bonjour à Menga, ses ânes et ses chiens. Souvenez-vous, c’était en décembre 2017. J’ai aussi découvert de jolis endroits et fait la rencontre du « vieil homme qui plantait des Tamaris »… de quoi inspirer Jean Giono !

City Plaza m’a à nouveau accueilli les bras ouverts, pour encore cinq mois de vivre-ensemble, de mobilisations, de projets théâtre avec les enfants, d’amitiés et de rencontres, d’actions de rue et projections-débats sur l’écologie dans Athènes, de sorties à la plage. Entrecoupés d’un bref allez-retour en France pour les fêtes.

Un afghan, un irakien, deux françaises et un français entrent dans une station de ski. A vous d’inventer la suite.

Si vous devez visiter Venise, faites-le par une froide nuit d’hiver. Pas de touristes, et un besoin vital de marcher qui vous force à explorer les moindres recoins de cette ville étonnante.

Faire du stop dans les montagnes Croates en plein janvier, est une très mauvaise idée. Emporter une tente sans sardines aussi. J’ai dû abandonner et prendre un bus pour la Grèce.

En avril 2019, je suis retourné en France pour de bon, avec le projet un peu bizarre (et urgent!) de trouver du travail. Un centre de loisirs alpin, sept cents quarante-trois bouquets de ciboulette et deux mois de classes de mer plus tard, nous étions déjà en juillet. Le porte-feuille un peu moins vide et de beaux souvenirs en tête, je suis reparti illico-presto à Athènes pour participer pendant deux semaines à la fermeture du squat de City Plaza.

Eh oui. Face à l’arrivée d’un nouveau gouvernement très hostile à l’accueil des réfugié.e.s, nous avons préféré trouver des moyens plus légaux de loger nos ami.e.s. Nous avons ainsi loué et rénové un nouveau bâtiment pour accueillir quarante personnes qui n’avaient pas d’autre solution d’hébergement. Au moment de fermer définitivement les grilles de notre ancien refuge, quelques larmes ont coulé. Mais nous partons avec cette certitude : City Plaza a depuis longtemps dépassé le statut de bâtiment. C’est une communauté, c’est le changement que celle-ci a créé dans nos vies, c’est une force indestructible qui nous unit !

De nouveau en France, j’ai découvert avec des ami.e.s les joies de la navigation, sur la vaillante Phiphi, un voilier de huit mètres qui mène la belle vie sur les côtes Montpelliéraines. De quoi repartir avec des rêves de nouveaux voyages…

A commencer par une escapade de deux mois au Canada ! D’abord avec toute la famille pour retrouver ma sœur Noémie et tout son entourage de joyeux québécois, puis en vadrouille avec une amie, avec un crochet aux Etats-Unis. L’occasion de découvrir (entre autres) que :

– L’eau du Saint-Laurent est très (très) froide

– Un canoé, c’est très lourd à porter

– Un narval perdu s’est fait recueillir par une famille de bélugas

– Il y a un festival international de l’accordéon à Montmagny

– « Am’man’mné » est la preuve ultime de l’esprit de synthèse des québécois. Pour les non-initiés, ça veut dire « A – un – moment – donné ».

– L’Université de Pittsburgh possède rien moins qu’une « cathédrale du savoir » dans un gratte-ciel.

– Courir avec un sac et un caddie, c’est plus rapide que courir avec un sac, sans caddie.

– Les chips de chou kale, c’est bon

– Les berges du lac Ontario peuvent ressembler au Sahara.

– Etre pris en stop par un homme persuadé d’être le nouveau Prophète peut te mener à rencontrer des gens absolument géniaux.

– Kamouraska est le nom d’un petit paradis à retenir absolument !

Et finalement, aux premières lueurs du mois d’octobre, me voilà de retour en France, avec le projet (décidément ça deviendrait presque une habitude!) de trouver du boulot. Je cherche plutôt dans les Alpes… et me voilà donc parti pour bosser trois mois à Paris ! Jusqu’en janvier 2020, je suis éducateur spécialisé dans un foyer de Mineurs Isolés Etrangers. Une expérience intense, riche et pleine d’enseignements, de contacts humains, de galères, de collectif, d’amitiés.

Une expérience qui prend fin, comme souvent, avec une pointe de tristesse, un soupir de soulagement, et un besoin irrépressible de repartir de plus belle.

Alors, ce sera où et comment ?

Une idée ?